ÉCUMEURS DE RIVAGE - de la Préhistoire au XXe siècle.-(3)
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"DES VÉGÉTAUX À PORTÉE DE MAIN"

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"Nous sommes grandement redevables aux hommes primitifs qui découvrirent, parmi les herbes sauvages, celles qui sont devenues nos céréales et nos légumes."
( D. Bois, Les plantes alimentaires ... à travers les âges, Paris, P.Lechevalier, 1927)

Si nos lointains ancêtres ont su améliorer et cultiver certaines plantes sauvages, ils ont aussi, pendant des siècles, collecté dans la nature des plantes utiles aux besoins de l'alimentation, des cultures, de l'élevage et des premières industries artisanales. Dans tous ces domaines les plantes de l'estran ont joué un rôle méconnu et parfois surprenant.
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Etagement des plantes halophiles sur l'estran
Étagement des plantes à fleurs suivant le profil d'un estuaire (dessin d'archives - SDAC)

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Collecte de plantes halophiles en milieu salé
Salicorne en salade ou confite dans du vinaigre
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DES PLANTES POUR MANGER
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La consommation de certaines plantes halophiles* des havres et des marais côtiers, remonte probablement à l'époque des premiers chasseurs-cueilleurs. Faute d'apport archéologique, seuls les écrits antiques, du moyen-Âge, modernes et contemporains permettent de découvrir les traces de leurs utilisations dans l'alimentation.
Plusieurs espèces citées dans ces ouvrages sont encore présentes dans les estuaires normands.Il n'est pas rare d'y rencontrer la betterave maritime (d), l'obione (c), les soudes (b), les salicornes (a). Le pourpier de mer (e), lui, a pratiquement disparu peut-être sous les dents des moutons des prés salés.

Les feuilles et les jeunes pousses de ces plantes peuvent être consommées fraîches, cuites, conservées dans du sel ou du vinaigre. Riches en oligoéléments, elles possèdent des propriétés nutritives et thérapeutiques reconnues, pour certaines, depuis l'Antiquité.
Beta maritima, est l'ancêtre commun de toutes les 'betteraves' cultivées pour leurs racines (betteraves) ou pour leurs feuilles (bettes ou poirées). La 'porée' de bette était une soupe populaire au Moyen Âge.
Salicornia herbacea, était la salicorne la plus appréciée, aujourd'hui, elle est encore 'fauchée' et vendue par des 'pêcheurs' déclarés.
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Il n'existe pas de trace de consommation d'algue en Basse-Normandie avant le milieu du XIXe siècle.

* halophiles: qui vit en milieu salé.

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LES MOISSONS DE L'ESTRAN
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La frange moyenne et la frange basse de l'estran forment le domaine privilégié des algues (f: essentiellement des fucales*) et des zostères (g). Les zostères (appelées souvent pailleule ou verdrière) sont des plantes à fleurs 'marines' bien adaptées aux immersions dans l'eau de mer.

Sur les côtes basses, algues et pailleule forment l'essentiel du 'vraicq' (herbes épaves abandonnées par la mer) que les 'laboureurs' utilisaient comme amendement.
Pour une même utlisation, ils étaient autorisés à 'scier au fauchet' les fucales accrochées aux rochers.
Les zostères étaient, elles aussi, véritablement 'moissonnées'. La pailleule était 'fauchée', rassemblée dans de longs filets étroits, puis chargée dans une maringote, un doris ou une dramme** avant d'être transportée vers la côte. Toutes ces activités étaient soumises à autorisations et sévèrement contrôlées. La période de la récolte était limitée, à un mois (deux marées de vive-eau) à l' époque des labours pour les algues sciées et aux mois d' été pour les zostères.
Dessalée, lavée et sechée, la pailleule était utilisée comme litière mais aussi pour confectionner paillasses et matelas. Elle servit à garnir les sièges des trains et des premières automobiles.

* (f) : varech denté, goémon noir, v. vésiculé, v. spiralé
** dramme : grande manne en osier. Chargée de pailleule, elle était guidée par flottaison jusqu'au rivage

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dramme et perche - Le retour 'à la perche' de la dramme
Dramme et perche (coll. particulière)
Outils du pêcheur de varech et de pailleule
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Etagement des algues et de la pailleule
Étagement des algues et de la pailleuile suivant le profil de l'estran (dessin d'archives - SDAC)

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Four à soude dans la Hague
photo (collection GRAC)
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Produits issus de l'utilisation de la soude et de la violette
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DES ALGUES POUR L'INDUSTRIE
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La combustion lente des plantes halophiles et marines conduit à la formation de soude*. Ce produit est connu depuis l'Antiquité comme un composé indispensable à la préparation des verres, du savon et de teintures.
Dans la Hague, la soude obtenue en brûlant le grand varech (h)** a permis de mettre au point la fabrication du verre 'blanc'. Il fut utilisé par la Manufacture de la Glacerie, près de Cherbourg. Après la mise au point d'une préparation industrielle de la soude, ce produit artisanal fut utilisé comme source d'iode jusqu'au milieu du XXe siècle.

Sur les côtes bas-normandes, une petite algue rouge appelée localement 'violette' ou 'lichen irlandais' (i) fut exploitée à partir de 1844 pour en extraire un colloïde utilisé comme gélifiant et épaississant dans l'industrie alimentaire et dans l'industrie des cosmétiques.
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* Il s'agit ici du carbonate de sodium et non de la base
du même nom (soude caustique).
** Il est constitué essentiellement de laminaires.

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